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Elena Vogman: La danse des valeurs

Elena Vogman

La danse des valeurs
Sergueï Eisenstein et le Capital de Marx

Translated by Thomas Vercruysse

With a foreword by Georges Didi-Huberman

Softcover, 288 pages

Date of publication: 30.11.2020

Une théorisation visuelle de la valeur

Le Capital de Sergueï Eisenstein (1927-1928) est un fantôme à plus d’un titre: bien que le film n’ait jamais été réalisé, il a néanmoins hanté l'imagination de nombreux cinéastes, historiens et écrivains jusqu’à aujourd’hui et même récemment avec les Nouvelles de l’Antiquité idéologique : Marx – Eisenstein – Le Capital d’Alexander Kluge. De plus, sa première matérialisation publique – un fragment d’une dizaine de pages issu des carnets du réalisateur – était marquée par ce qui demeurait absent : les images et le matériau de travail d’Eisenstein.

La Danse des valeurs ambitionne d’invoquer à nouveaux frais le fantôme du Capital mais en se fondant cette fois-ci sur l’ensemble de son corps d’archives. Cette « instruction visuelle à la méthode dialectique », selon les mots-mêmes d’Eisenstein, comprend plus de 500 pages de notes, de dessins, de coupures de presse, de diagrammes d’expression, de plans d’articles, de négatifs d’Octobre, de réflexions théoriques et de longues citations. La Danse des valeurs ​​explore la nécessité formelle qui sous-tend les choix d’Eisenstein dans le Capital. Sa lecture fait valoir que sa complexité visuelle ainsi que son efficacité épistémique résident précisément dans l’état de son matériau : une danse de thèmes hétérogènes et de fragments disparates, un flux non-linéaire, provisoire et inarticulé.

Les séquences visuelles d’archives, publiées ici pour la première fois en France, ne sont pas bâties à titre de simples illustrations, mais en tant qu’arguments à part entière, donnant à voir ce qui se joue pour Eisenstein dans le Capital : une théorisation visuelle de la valeur. Une lecture des archives d’Eisenstein, dans leur logique interne, permet non seulement de reconstituer des éléments morphologiques présents dans le concept de valeur chez Marx, mais également de théoriser une crise plus fondamentale de la représentation politique, un présent qui s’étend de son contexte contemporain jusqu’à nos jours. Mettant en œuvre un procédé morphologique sans équivoque, les séquences de montage d’Eisenstein produisent une sorte de plus-value qui leur est propre, un excès sémiotique qui brasse les matériaux et présente les corps dans une danse analogue à la « danse » des « conditions pétrifiées » de Marx. C’est dans ce langage polymorphe et « diffus » – associé au stream of consciousness de l’Ulysse de Joyce – qu’Eisenstein perçoit le potentiel critique et affectif d’un cinéma à venir.

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Elena Vogman

Elena Vogman

is an author, scholar of comparative literature and media, and curator. She wrote her dissertation on “Sensuous Thinking: Eisenstein’s Eccentric Method” and held postdoctoral research positions in the DFG-project “Rhythm and Projection” at the Institute of General and Comparative Literature at Free University in Berlin and at IKKM, Bauhaus University, Weimar. She currently teaches Media History and Theory at the Art Academy Berlin Weißensee and is working on a new project titled “Madness, Media, Milieus: Reconfiguring the Humanities in Postwar Europe.” She has published numerous articles on forms of visual thinking and montage, anthropology of rhythm and media, and milieus in practices of Institutional Psychotherapy. Together with Marie Rebecchi she curated the exhibition on “Sergei Eisenstein: The Anthropology of Rhythm” at Nomas Foundation, Rome.

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